Mouammar
Kadhafi a finalement été tué par les troupes du CNT
appuyées par les bombardements de l'OTAN. Exceptés les membres encore
vivants de sa famille, personne n'osera pleurer publiquement Mouammar
Kadhafi, le dictateur tué jeudi dernier dans sa région natale. Personne
ne devrait se réjouir non plus de voir les images de sa mort brutale,
hormis ceux qui ont des raisons personnelles ou politiques de n'y voir
qu'une fin tragique méritée. Bien plus cruelle que la théorie de leurs
sentiments, l'histoire des hommes veut justifier, sans scrupule, de
devoir en finir avec la barbarie par la barbarie elle-même. Kadhafi aura
donc fait
les frais de sa propre pédagogie
de la violence et des charniers
à son actif. Lui qui demandait qu'on coupât la main de
voleurs en son pays — dont de nombreux Algériens — dans sa délirante
utilisation de préceptes religieux surpolitisés, aura été victime de
Libyens qui ont coupé la tête du kadhafisme. En se passant d'un procès
qui aurait, de toute façon, eu valeur de comédie médiatico-juridique. A
l'instar du feuilleton cairote jugeant l'ex-pharaon Moubarak allongé sur
une civière. Comble du cynisme,
le crime populaire de Syrte
a été applaudi par des Etats démocratiques dont les
dirigeants n'ont pas voulu cacher leur joie sanguinaire. On se demande
par conséquent
à quoi servira cette enquête demandée par l'ONU au
sujet des circonstances de la mort
du guide déchu. Quand les plus puissants le veulent
bien, les peuples arabes sont souverains. Souverains dans leur barbare
vengeance collective, souverains dans le choix de leurs slogans pourtant
plus liés à El-Qaïda qu'à la Déclaration universelle des droits de
l'homme. Qu'importe ! Comme pour Saddam Hussein, l'exécution de Kadhafi
doit profiter à la propagande des vainqueurs en humiliant le despote qui
aurait voulu
tenir tête à ses adversaires occidentaux. Les images
ensanglantées faisant le tour du monde lancent ce message à ceux qui
douteraient encore de la détermination de l'OTAN : "Gare à celui qui se
rebiffera, on tuera tous les affreux." Sachant que pour cette évaluation
esthétique, le jury ne siège pas à l'Académie internationale des
beaux-arts… N. M